26 juin 2025
Sparring-Partnership, utile ou futile ?
Agnès Mazières interroge… Agnès Mazières. Une auto-interview sans filtre sur ce drôle de rôle, encore méconnu, qui aide les dirigeant·es à éviter le KO stratégique.

Comme aucun média ne m’a proposé d’interview sur le sparring-partnership de dirigeant, j’ai pris les devants. Pas pour parler de moi, mais pour parler de ce drôle de rôle, encore méconnu, qui aide les dirigeant·es à éviter le KO stratégique.
Agnès, soyons claires : c’est quoi un sparring partner pour dirigeant ?
Un partenaire d’entraînement. Pas un coach de motivation. Pas un consultant à slides. Pas un mentor nostalgique. Un sparring partner, c’est quelqu’un qui vous aide à penser et décider plus vite, mieux, avec plus de recul. Avec un sparring partner on ne travaille pas que la technique, on met au point les tactiques et surtout on prend le recul nécessaire pour changer quand on est dans le dur.
On emprunte le mot à la boxe ou au tennis : celui qui vous fait transpirer à l’entraînement, pas celui qui vous met KO en face. Il n’est ni dans le camp d’en face, ni dans votre team. Il est là pour vous. Point.
Pourquoi tu t’es lancée là-dedans ? Qu’est-ce qui t’a frappée chez les dirigeant·es ?
Le silence. Les blancs dans la parole. Les zones qu’on n’ose pas partager — parce que c’est trop politique, trop stratégique, trop personnel, ou trop flou. Les intuitions qu’on n’arrive pas à formuler.
J’ai dirigé, j’ai accompagné, j’ai vu des CEO brillants tourner en rond parce qu’ils n’avaient personne avec qui parler vraiment pour formaliser leur vision avant de la challenger auprès de leurs équipes.
C’est ce besoin-là qui m’a poussée à créer une structure dédiée. Pas du développement personnel, plutôt du développement de lucidité et d’impact.
Et concrètement, une relation de sparring, ça ressemble à quoi ?
On commence par poser le cadre : le mode de fonctionnement qui vous convient, vous ressemble pour clarifier et accélérer. Il y a une méthode mais on l’adapte au dirigeant.
Les séances se ressemblent ou pas. Parfois c’est une heure de ping-pong stratégique, parfois c’est trois questions. Mais c’est toujours utile. Et souvent libérateur.
Parfois il y a un livrable car il est nécessaire pour la clairvoyance du dirigeant, parfois pas. Mais il y a toujours un dialogue exigeant, agile, confidentiel.
Et en quoi c’est différent d’un coach ou d’un consultant ?
Le coach travaille votre posture. Le consultant travaille vos problèmes. Moi je travaille avec vous. Je ne vous observe pas de l’extérieur, je ne vous dis pas quoi faire. Je suis dans le ring, avec vous, sans enjeu politique, sans attachement à une solution. Ce que je vous offre, c’est du recul, une acuité, et une capacité à faire émerger ce que vous avez déjà en vous. Une capacité à oser.
C’est une conversation où vous restez aux commandes. Mais pas seul·e à bord. À deux c’est mieux, c’est ce que dit le slogan de PONG GmbH.
Quels sujets reviennent le plus souvent ?
La solitude. Les arbitrages impossibles. Les jeux de pouvoir. Les visions qui s’éloignent. Les équipes qui attendent pendant que vous doutez. Le temps long. Le temps court. Et ce sentiment de tout porter et la difficulté de rester agile dans un monde qui change si vite.
C’est un métier, dirigeant. Pas juste un rôle. Et parfois, c’est un métier qu’on fait trop seul.
Tu peux donner un exemple sans trahir de secret ?
Un dirigeant dans une agence créative qui avait du mal à passer à la taille supérieure, toujours englué dans une gouvernance centralisée. Accompagnement de longue haleine pour tout d’abord décentraliser l’entreprise, installer des outils qui impliquent chacun et petit à petit installer une culture de prise d’initiative au sein des équipes. Impliqué au quotidien, le sparring partner devient parfois une véritable courroie de transmission avec les équipes.
Une dirigeante en prise de poste dans un milieu politique et technique. Deux cerveaux et deux manières de voir les choses qui font aller deux fois plus vite dans la compréhension du métier, de l’organisation. Deux fois moins de chances de se prendre les pieds dans le tapis.
Très récemment, un dirigeant et un prestataire bloqués dans leur relation et les prochaines étapes. Un « simple » regard extérieur et un plan de marche clair.
Y a-t-il un profil type de dirigeant qui fait appel à toi ?
Pas vraiment. J’accompagne des fondateurs de startup comme des DG d’ETI familiales. Ce qui les relie ? La conscience de leur responsabilité. L’envie de ne pas répéter les mêmes erreurs. Le goût de se faire challenger sans être jugé et dans la bonne humeur.
Je dirais que ce sont des gens qui ont compris que penser seul, c’est se priver d’un levier de puissance.
Et toi, comment tu travailles pour rester à ta place ?
J’écoute. Beaucoup. Je lis entre les lignes. Je pose peu de questions, mais je choisis lesquelles. Ma seule posture, c’est la neutralité active. Mon arme c’est la reformulation à valeur ajoutée et l’art de la synthèse.
Et mon moteur, c’est votre clarté. Attention, toutefois je ne peux pas me refaire, si je vois une opportunité que vous ne voyez pas encore… c’est plus fort que moi je la partage !
Une relation de sparring-partner, ça dure combien de temps ?
Ça dépend. Certains dirigeants m’appellent quand ils ont un sujet. D’autres, une fois par semaine. Parfois, c’est un sprint. Parfois, c’est une présence au long cours. C’est comme une hygiène mentale : on y revient quand c’est nécessaire. Et même quand on pense qu’on n’a rien à dire… on finit toujours par trouver un sujet à partager.
Tu penses que ça va devenir une norme ?
Oui. Parce que les dirigeants n’ont plus le luxe d’improviser. Et qu’ils sont aussi de plus en plus seuls, être lucide dans un monde qui change vite devient de plus en plus difficile. À nouvelle norme, nouveaux accompagnements.
Un psy pour la santé mentale, un avocat pour le droit, un sparring partner pour la stratégie et ses évolutions.
C’est un tiers pour penser mieux. Pour ne pas répéter les mêmes biais. Pour ne pas confondre vitesse et direction.
Dernière question, Agnès : qui est ton sparring partner à toi ?
Bonne question. Mais là, ce n’est plus une interview. C’est une confession. 😉 J’en ai plusieurs, ils et elles se reconnaîtront.
